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RURALISATION ET URBANISATION

Posté par leborgnelais le 14 mars 2010

par Maurice Célestin Jr

manmanyannsquarter31.bmp La ruralisation, en principe, est un terme qui ne devrait pas exister car à bien considérer, la 391894960451c954c914.jpgruralisation  s’apparente à une forme de dégradation, de destruction , d’un site , d’un environnement sinon jadis bien structuré, bien aménagé du moins meilleur par rapport à ce qu’il est devenu. Afin qu’il ne soit pas ainsi, la logique veut que les responsables d’un pays doivent travailler sans relâche à l’amélioration des conditions de vie de la population et partant à l’embellissement, à l’agrémentation du milieu dans lequel elle vit. En un mot, pour rejoindre le Dr Jerson ALEXIS, nos dirigeants doivent faire en sorte que nos milieux ruraux soient urbanisés.

Urbaniser ne signifie pas nécessairement tendre vers des macro sites à structure totalement  urbaine où   le genre de vie rural va se perdre dans une mentalité de ville avec tous ses corollaires. Non,  point du tout, nous parlons ici de l’aspect physique de la question. Nous plaidons en faveur d’un mieux être au bénéfice d’une population. Nous réclamons un minimum pour des frères et sœurs qui doivent cesser de vivre en sous humains. Nous lançons un cri au nom des soit disant humains qui en 2010 vivent sans électricité, sans eau, sans école, sans centre de santé, sans loisir, sans sport, sans transport, sans absolument rien et dans un habitat aussi inesthétique « qu’insécure ». Ce cri, nous le lançons également pour compte de nos milieux urbains qui se dégradent à un rythme tellement accéléré que nous sommes bien obligés de parler de ruralisation compte tenu du fait qu’au point de vue physique, qu’au point de vue façon de vivre, par ricochet, ces populations rappellent  celles de nos campagnes et sont même transformées en véritables milieux ruraux. C’est une singulière marche arrière. 

Cette constatation peut se faire dans beaucoup de villes d’Haïti. Rares sont celles qui ont bénéficié des avantages de l’urbanisation. J’ai le privilège de pouvoir choisir un exemple pour chaque cas. Je parlerai de Port-de-Paix comme un cas type de ruralisation d’une ville jadis prospère et belle et de Saint Louis-du-Nord comme un milieux urbanisé de façon étonnante. Je serai assez à l’aise dans mes analyses car ces deux villes m’appartiennent au même titre. J’ai pris naissance à Port-de-Paix. Dans un sens, j’ai grandi dans ce milieu où j’ai fait une bonne partie de mes études. Saint Louis du Nord est la ville de mes attaches prépondérantes. C’est mon coin maternel où vivaient mes parents, mes amis et ma ‘’parenté’’. 

PORT-DE-PAIX   : Durant les années 60,70 et même 80, Port-de-Paix offrait le visage d’une ville fraîche et belle. Une petite ville compacte mais dotée d’infrastructures essentielles. Tout y était : un lycée mixte qui formait des élèves brillants tenant leurs savoirs d’enseignants qui n’avaient rien à  envier à ceux de la Capitale. Au contraire. A coté de ce lycée, il y avait un collège dirigé par des prêtres Monfortains dont l’emblème était NOTRE DAME TOUJOURS EN AVANT, question de faire comprendre aux apprenants qu’ils doivent dépasser, en performance, toutes les autres institutions. A part ces deux établissements scolaires précités on pouvait compter deux autres écoles secondaires privées et de nombreuses écoles primaires pour filles et garçons parmi lesquelles, l’école des frères de l’Instruction chrétienne. Port-de-Paix avait sa banque, deux places publiques bien entretenues, une préfecture, des institutions de l’Etat, une rue principale bitumée, une belle cathédrale dotée d’une horloge qui donnait l’heure à chaque 60 minutes, une belle plage (le chalet de Port-de-Paix), la ville dispensait l’eau potable et l’électricité dans toutes les maisons capables de supporter les frais mensuels. A chaque fin de semaine l’hebdomadaire « PETIT SAMEDI SOIR » était distribué chez tous les abonnés. Enfin une petite ville normale et vivable. Tous les matins, on voyait l’officier sanitaire élégamment vêtu de son uniforme vert olive en train de peser le lait  aux fins de s’assurer que ce produit n’ait pas été adultéré, ni mouillé ou mélangé à du lait de patate. Il visitait également les maisons pour voir si les rigoles sont bien curées. Les rues étaient propres et l’administration communale faisait ramasser régulièrement les détritus. Au loin, on pouvait entendre l’avertisseur du bateau venu embarquer les lots de campêche achetés des négociants de la place. Le jaune traditionnel, fraîchement appliqué, donnait toujours un aspect neuf aux casernes qui dominent la ville et qui semblent donner une mise en garde constante à tous ceux et à toutes celles qui auraient le désir de se comporter en flibustiers sur l’île de la Tortue tout en face. Deux usines de Cola fonctionnaient à plein rendement de même que deux pharmacies tenues par des mains expertes de pharmacien dispensaient, selon l’art, des médicaments à la population. Des dentistes et des médecins tenaient clinique et offraient leurs services à qui en avait besoin. Voilà l’ancien profil d’une ville qui aujourd’hui a perdu tout son relief. Port-de-Paix était un véritable piège pour les visiteurs : ils rentraient pour ne plus s’en sortir. Beaucoup de médecins, de camionneurs, de militaires, de prêtres sont devenus des fils, des enfants de la ville tellement la vie était agréable en ces lieux .Le football réunissait pauvres et moins pauvres, jeunes et vieux tous les dimanches après-midi sur un terrain régulier où de véritables jongleurs tapaient sur le cuir rond gonflé. C’étaient de beaux jours! On peut comprendre pourquoi feu Dr FREMONT n’a pas voulu laisser ces lieux de Paix qui ont eu finalement ses os en cadeau. 

Port-de-Paix : Ville de toute beauté…. Aujourd’hui coin abandonné d’une laideur indésirable 

Incroyable mais vrai. Il y a dix ans depuis que je ne suis pas allé en ces lieux. Mais les nouvelles qui me parviennent m’apprennent que Port-de-Paix est devenu Port-Rural. La ville, dit-on est méconnaissable : sale, non entretenue, des marres d’eau vertes, des canaux non curés, de grosses crevasses mélangées à de nombreux nids de poules. Les anciennes rues sont défoncées et occupées par des marchandes ambulantes. Une circulation automobile difficile et dangereuse. Le chalet est devenu inaccessible parce que servant de résidence aux  soldats de la MINUSTHA qui refusent tout accès  à la population. L’horloge de la cathédrale ne mesure plus le temps : elle est devenue muette. Doit on attendre un autre Jean L. THEAGENE pour offrir à la ville un cadeau si précieux ? La ville a perdu sa parure d’antan. Elle est devenue un lieu de négoce des basses affaires. Le  monde de la drogue en a fait son empire et le gouvernement dans sa politique de façade en fait une ville en chantier inachevé…une ville défoncée, ravagée par les intempéries, démolie par les travaux trompe l’œil .Voilà le nouveau visage d’une Port-de-Paix ruralisée peuplée de ruraux avec mentalité et manière de vivre rurales, car l’ancienne population a été remplacée, déplacée. Véritable population rur’urbaine quand on se souvient qu’elle vit sur une terre jadis urbaine où on peut encore reconnaître les vestiges d’une ville autrefois normale et conforme à la définition d’une petite ville antillaise. Elle est habitée par un autre monde qui n’est pas celui de Fontane Saint Gérard, de Ménélas BORDES, de Elie TIPHAINE, de Théodore ACHILLE  père, d’Archimède BEAUVOIR, d’Ofrane POUX, de Benoît POUX, de Emmanuel GUERRIER, de madame Elza AUGUSTE SINCLAIR, de madame Lorvelie RAOUL MORISSEAU,de madame Islande ACHILLE, de madame Germaine POUX LAGUERRE, enfin de tous ces hommes et de toutes ces femmes aux manières urbaines. Ce n’était point la richesse qui les caractérisait mais la force de leur tempérament et leur relief. Ils et elles vivaient en gens évolués, émancipés toujours sur la pointe de la mode et des grands mouvements sociaux. Ils transpiraient la confiance de soi, l’évolution et inspiraient respect et admiration de toute une population pour laquelle ils et elles étaient des canevas, des modèles à imiter, à suivre. Ces hommes et ces femmes allaient au cinéma, à tous les spectacles qui se donnaient à la salle paroissiale. Ils et elles allaient assister à des représentations théâtrales qui mettaient en honneur et en vedette des gondoliers de la planche nommés Ducarmel DUROSEAU, Alcide et Nestor Calixte, Cauvin PAUL, Louis René BARLATIER, Hérodote MEGALOS, Max Abner ETIENE pour ne citer que ceux-là qui se faisaient applaudir dans Iphigénie, Cinna ,l’école des maris etc…On n’oubliera pas non plus les troupes qui venaient d’ailleurs dont celle de feu Grégoire EUGENE qui s’était signalée dans « UNE OMBRE AU TABLEAU ».Port de Paix est peuplé d’autre jeunes qui n’ont pas l’envergure d’un Jean Elie TELFORT (Cubano), d’un Roger Monfort EUGENE (shoubou), d’un Armand DURAND ( Tibur), d’un Jean ALCINDOR, qui , à cause de leur personnalité déjà faite n’ont pas eu de la misère à conquérir le milieu Port-au-Princien puis le milieu New Yorkais où ils sont connus comme le loup blanc, où ils fonctionnent encore mieux que les « yankees » du pays. Ces vrais urbains aux manières urbaines ne sont pas seuls. On peut leur adjoindre un Henri Max MAYARD , les frères Guy et Max Jean, les frères MASSILLON,un Jean L.THEAGENE, un Théodore ACHILLE Jr, un Jean Marie CHANOINE, un Fofito VASQUEZ , un Dr Joel HENRIQUEZ POLIARD, un  Max PIERRE,un Max MAURRASSE, un David SYLVESTRE, un Dr Abraham SALOMON, un Johnny SAINDOUX, une Clermélie RAOUL, une Lunie JADOTTE enfin tous ces Port-de-Paixiennes et Port-de-Paixiens qui comme eux n’ont nullement l’allure de provinciaux qui souvent sont considérés comme des ruraux. Mais en fait, le rural et l’urbain, du point de vue comportemental, du point de vue « présence » diffèrent et la différence est frappante,ce qui est normal puisque le vécu n’est pas le même. Souvent, surtout dans les pays moins avancés, certaines infrastructures sont tout à fait inconnues, inexistantes. En Haïti, peu de villes possèdent une salle de cinéma, une salle de théâtre, un lycée et une place publique voire un casse croûte de la dimension de celui de madame Georges LAGUERRE à Port-de-Paix. On me prendra pour un blagueur mais tant pis : Je dirai, sans crainte d’être contredit, qu’ils sont nombreux nos professionnels qui ont fait la connaissance d’une « toilette hygiénique » seulement à leur arrivée à Port-au-Prince. En tout état de cause, établir une comparaison en bon ordre entre l’URBAIN et le RURAL ferait l’objet d’une étude assez étendue. Il eut fallu que j’écrive un livre traitant du sujet. Ici, je veux me limiter à parler de RURALISATION et d’URBANISATION, et, de montrer comment deux villes qui me sont familières peuvent prendre, dans le temps, des directions différentes quand à l’organisation de leur environnement. Par la même occasion j’indiquerai et je l’ai d’ailleurs fait en amont du texte, que l’environnement influe certainement sur le mode de vie qui détermine qui est rural qui est urbain. Là encore, il y a une certaine relativité quand par exemple on compare un rural américain, un rural canadien à un urbain haïtien. On est à se demander qui est le rural et qui est l’urbain? Le niveau de vie du rural canadien à pas mal de point de vue ne dépasse-t-il pas celui de l’urbain haïtien? Mais une autre question à se poser est de savoir si là encore il y a lieu de dire pour autant que l’urbain de chez nous est rural par rapport au rural américain ou canadien ? Sujet très difficile à traiter, en vérité, quand on considère qu’ils sont nombreux, des gens à évoluer dans le grand luxe d’un milieu urbain, pourvu de tout, et qui ont le comportement de vulgaires ruraux traînant derrière eux leurs manières campagnardes qui jurent avec celles des hommes et des femmes de ville. A y penser, on se retrouve en face d’une réflexion à faire en toute sincérité. La question est donc de savoir comment faire un choix entre les valeurs paysannes et les valeurs urbaines ? L’urbain, par le fait qu’il ait accès à des infrastructures modernes est-il pour autant supérieur au rural? Ses valeurs sont-elles les meilleures? Vit-il mieux que le campagnard? Réponse très difficile à donner en tout cas. Mais en tout état de cause il est impérieux de faire en sorte qu’en Haïti, précisément, on offre à la population un minimum décent devant répondre aux besoins primaires de tout être humain : un logement acceptable, bienséant, de la nourriture, les soins de santé, un environnement sain, l’éducation et la sécurité. 

A cette phase de l’analyse, je sens que je rentre dans trop de détails. Mais quand même, je me console à l’idée que je ne fais pas fausse route ,que je ne suis pas hors de sujet car , en somme, parler d’urbanisation et de ruralisation c’est aborder un vaste sujet qui fait appel à beaucoup de considérations, des considérations de tous ordres. Il faut, de toute façon, à coté de l’aspect environnemental prendre en compte le coté social et sociétal de la question. Cependant pour ne pas trop nous écarter des deux villes Saint-Louis du Nord et Port de Paix que nous avions choisi comme cible, après avoir établi les faits et les causes  qui ont conduit la ville de François Capois La Mort vers sa dégradation à outrance au point qu’elle est considérée comme une ville désurbanisée, ruralisée même, il est temps que nous prouvions, comme annoncé, que Saint-Louis-du- Nord , au contraire , a bénéficié d’un processus d’urbanisation galopante, peut on dire. 

Saint-Louis-du- Nord : Dans mon livre « SAINT-LOUIS-DU-NORD DANS MA CABOCHE » j’ai parlé longuement de cette ville où j’ai grandi et où sont mes attaches prépondérantes. C’est une ville qui a longtemps tenu la dragée haute. Si c’est pour la première fois qu’elle a atteint ce niveau d’urbanisation, en revanche, elle n’a jamais été vraiment à un degré de dégradation inquiétant. En comparaison avec le Port-de-Paix d’antan , comme je l’ai décrit,  on pourrait dire qu’elle avait beaucoup d’efforts à faire pour une mise à niveau. Elle était loin d’avoir l’aspect physique du chef lieu du Département du Nord’Ouest qu’est Port-de-Paix que j’ai retracé dans son passé éblouissant. Cependant, il convient de faire remarquer que la ville d’Ofrane Poux (Saint-Louis du Nord) battait à plate couture beaucoup de régions du pays tant du point de vue architecture sociale que du point de vue structure environnementale. Saint Louis du Nord, de tout temps a déployé ses forces, ses énergies à l’effet de se hisser à la dimension d’un milieu « potable » où il fait bon vivre. Ses fils et ses filles, tant de l’intérieur que de l’extérieur, ont le mérite de ne pas attendre l’Etat pour accomplir ce qui doit être fait pour leur patelin. C’est à ce niveau que réside la force qui concoure au développement des lieux. Il faut dire aussi que Saint Louis du nord au cours de son histoire a bénéficié de la présence et de l’action de quelques bons maires qui se sont signalés, qui ont éternisé leur nom dans les annales de la ville. Olivier LOUIS, de regrettée mémoire, fut un maire qui avait bien utilisé les fonds publics au bénéfice de la cité. Tous les ponts et les canaux portent sa signature. Nelfrad NORD lui aussi est au rendez vous avec l’histoire. On retiendra qu’il avait bien administré les affaires de la localité. Il s’est comporté en bon père de famille protecteur des vies et des biens. Mais en dernier ressort, pour son bonheur, pour son honneur, pour son essor et pour son salut Saint Louis du Nord est tombé sur un fils qui a prouvé qu’il aime son coin de terre. L’actuel maire de la ville, que je ne connais pas encore, est, de l’opinion de tous, un vrai visionnaire, un homme éclairé, dynamique et déterminé. De l’avis général, il a changé le visage de la ville. Grâce à lui, c’est le développement, c’est la modernisation, c’est l’urbanisation accélérée. La rue principale est bétonnée et tenue dans un constant état de grande propreté. Il a inculqué à la population, très coopérative, il faut le dire, des notions d’hygiène observées à la lettre et sans contrainte. Comme résultat, les lieux sont propres et beaux. La population est fière et satisfaite de ce maire singulier et responsable qui a eu l’idée, après le tremblement de terre du 12 Janvier, d’envoyer des autobus à Port-au-Prince aux fins de rapatrier les fils et les filles originaires de la ville mal pris à Port-au-Prince. Pour lui éviter des ennuis, je ne citerai pas le nom de celui ou de ceux qu’il dépasse de mille coudées en actions intelligentes et constructives. Les faits parlent d’eux même. Les gens de saint Louis du Nord s’accordent à reconnaître que de tous les maires qui ont été à la tête de la ville, il est le meilleur.  Actuellement, il conduit des travaux qui doivent doter la localité d’une seconde rue bétonnée ou bitumée, je ne sais pas trop. Mais l’essentiel est que c’est une vérité : contrairement à Port-de-Paix qui est en train de subir sa descente aux  enfers, Saint Louis du Nord connaît une poussée vers l’avant qui fait la joie et le bonheur de ses habitants qui disent avec fierté que la ville de Jacmel et la leur sont les deux villes où il fait vraiment bon vivre . 

Si faire marche arrière signifie RURALISATION Port-de-Paix se ruralise et si avancer veut dire URBANISER Saint Louis du Nord s’urbanise à un rythme accéléré. 

LECHAPEAUTEUR 

Maurice CELESTIN 

lechapeauteur@yahoo.com www.lechapeauteur.unblog.fr 

  

Mon cher Jean, 

En te lisant dans ton billet adressé à ton cousin, mon ami Carl Henri GOMEZ, tu me fais penser à feu mon professeur Dr Jerson ALEXIS de regrettée mémoire. Dr ALEXIS dans un de ses cours dispensés tandis que nous étions en 1973 étudiant à la Faculté d’Ethnologie, eut à dire que « la vocation des milieux ruraux dans les pays soucieux de leur avancement est de tendre vers l’urbanisation. Or, il arrive que, malheureusement chez nous, le phénomène inverse s’est produit : Nous assistons impuissants à la ruralisation accélérée et déconcertante de nos milieux urbains. » Jerson ALEXIS , en le disant, pensait-il qu’après sa mort , nos principales villes se seraient transformées aussi vite  en villes ceinturées de bidonvilles où grouillent des populations rur’urbaines abandonnées à elles même et donnant naissance à des groupes sociaux, à des progénitures considérées comme des fruits de leurs œuvres? En effet, ces pauvres gens peuplant ces milieux rur’urbains, n’ayant pas accès à l’éducation, aux bons soins de santé, n’ayant pas non plus les moyens pour vivre de façon décente sont marginalisés et croupissent dans une honteuse et dégradante misère dans un environnement qui ne leur est pas familier, que dis-je, qui n’est pas du tout leur. Pourtant, cette population transplantée, en dépit de ses limitations, offre étonnement à la société, au prix de son sang, des enfants miraculés, peut on dire.  Ces enfants-là, des privilégiés, dans une certaine mesure, en petite quantité bien entendu par rapport au volume de leur socio-population mais en très grande quantité quand on considère le petit  nombre de possédants vivant dans le cercle desdits urbains, sont malgré tout scolarisés, sont devenus, comme par miracle, des professionnels mais n’ont pas, inopportunément, pour la plupart, accès aux règles de convenance, de bonnes manières et de protocole qui conditionnent le comportement ‘’socio-réclamable’’ de l’être sociable et social. Et, c’est tout à fait normal quand on se réfère au principe qui veut que nul ne puisse donner ce qu’il n’a pas. En dehors de cela, il convient de rappeler  que malheureusement ces valeurs sont dispensées non à l’école mais au sein de la famille. Or, Il se trouve aussi qu’en Haïti, le socioconstructivisme n’est pas encore en application dans notre système éducatif. Le socioconstructivisme, dans ses nombreuses attributions, veut que l’enseignant soit accompagnateur en terme de scolarisation, en terme d’apprentissage mais aussi celui qui est appelé à façonner son apprenant aux fins de faire de lui un être sociable capable de bien fonctionner, de bien articuler dans le corps social et de ne pas se comporter en boulet aux pieds des autres. Cette stratégie pédagogique moderne, cette nouvelle conception pédagogique prônant l’apprentissage collaboratif type parent-enseignant, famille-école demande à ce que le maître d’école joue également le rôle de père de famille, question de, sinon suppléer du moins renforcer le devoir des parents envers les enfants. Des lors, l’enseignant devient un vrai tuteur ayant les yeux grands ouverts sur l’apprenant pour qui il est un conseiller à qui doit s’adresser l’élève en toutes circonstances. Il est le confident à qui l’écolier dira ses peines et ses appréhensions. C’est lui qui saura en premier si ce dernier est victime de « taxage », de violences, d’intimidation ou de toute forme d’abus tant dans le milieu scolaire que dans le milieu familial. 

Haïti, lamentablement, n’est pas encore parvenu à ce niveau et est regrettablement peuplé d’une classe d’homme et de femmes scolarisés sortis de ces milieux rur’urbains qui avoisinent les soit disant milieux urbains et se comportent en vrais ruraux difficiles à intégrer le milieu ambiant et sont, de ce fait, indexés par une petite bourgeoisie arrogante, parvenue et exclusiviste. De cette indésirable situation sont nées de graves tensions sociales à la base des conflits sociaux qui règnent dans le pays. Toujours est il que  les différents mouvements politico sociaux qui ont traversé l’histoire du pays ont facilité la tache à ces levantins qui ont pu accéder à des postes clefs dans l’administration publique et même dans le secteur privé. Mais assoiffés du désir ardent de changer de classe, ils brûlent les étapes et réalisent ce transfert de classe avec trop de rapidité, ce qui leur vaut le mépris des nantis, qui se croient être des ayant droit détenteurs de tous les privilèges par le seul fait que leurs parents aient échappé à l’obscurité qui  a longtemps assombri l’existence des ‘’anéantis’’ et que la couleur de leur peau, pour plusieurs, rappelle celle des blancs. Mais encore est-il que ces derniers leur dament le pion et les forcent à sinon les accepter du moins à les supporter d’autant que le faire n’est pas tellement difficile vu que nous vivons dans un pays sans élite. Même notre Président ignore les règles de protocole. Il ne sait pas qu’un chef d’État doit s’exprimer dans sa langue officielle. A l’occasion, au nom de l’élégance diplomatique il peut se permettre de prononcer quelques mots dans une langue étrangère : Par exemple dire bonjour, comment ça va ou lancer une expression en vedette dans un pays. Notre Président peut par exemple utiliser en passant le « PAR ENTOUTE » québécois pour dire qu’il n’est pentoute intéressé à garder le pouvoir ni à faire des magouilles au bénéfice de sa femme future candidate à la première magistrature de l’Etat. Pour le reste, il devra solliciter les services d’un traducteur agrée et non ceux de sa femme d’autant que cette dernière ne possède pas vraiment la langue de SHAKESPEARE. 

Mon cher Jean, sur tes lignes, je regarde la marche arrière de mon pays qui a perdu tout le sens de l’honneur, de la fierté  et du protocole tant utiles à un pays. Nos dirigeants ignorent que « l’habit ne fait pas le moine, certes, mais aide à le reconnaître. » Ce n’est pas pour rien qu’on dit que Fidel CASTRO a des manières bourgeoises. On le dit parce que cet homme de la gauche respecte scrupuleusement les règles de protocole qui, comme je l’ai dit tantôt, conditionnent les agissements de l’homme en société. Etre conformiste à l’extravagance n’est pas bon mais être sans décorum est pire. C’est triste de constater que chez nous les cathédrales sont transformées en chapelle, que l’arrière cour des maisons soit devenue façade principale. C’est affreux de voir un parlementaire, en pleine chambre, se déguiser en ‘’guédé’’. Nos valeurs sont foulées aux pieds au point qu’en Haïti il ne reste que l’enchère de l’argent qui compte. Finalement, entre les rur’urbains et les urbains il n’y pas de différence. Ils sont tous dans la mêlée, dans la famille des corrompus corrupteurs. Ceux à qui il reste encore un peu de dignité vivent cette pénible, cette lamentable situation avec la mort dans l’âme et assistent, comme de misérables gringalets, au dépérissement de nos « acquis » qui se rétrécissent comme la peau de chagrin d’Honoré de BALZAC. Voilà, mon cher cousin, que nous sommes en Mars, à 8 mois de Novembre, jusqu’à date il est impossible de trouver un leader valable à émerger et à faire la différence. La population haïtienne, à bien considérer, est une vaste population rur’Urbaine composée de urbains ruraux et de ruraux urbains, rustauds dans leurs manières, dans leur façon de réfléchir et de faire. Un monde de grossiers quoi! 

Jean, mon cher, je félicite Carl Henri, pour cette démarche, pour cette belle initiative de rappeler à nos souvenirs ces hommes d’hier qui, par leur seule tenue vestimentaire, leur seule posture, montrent qu’ils étaient des haïtiens fiers pleins de présence et de dignité. Les admirer c’est comme jeter un regard rétrospectif sur notre Haïti d’hier, c’est aussi se souvenir que chez nous il y avait  des hommes et des femmes. 

CEUX QUI VEULENT COMPRENDRE COMPRENDRONT 

LECHAPEAUTEUR 

Maurice CELESTIN 

lechapeauteur@yahoo.com  www.lechapeauteur.unblog.fr 

  

Billet à Carl, 

Cher Cousin, 

Depuis tantôt une semaine, tu as posté sur le net un quiz  à la fois amusant et important, car le présent doit s’analyser à partir de ce qui n’est plus et qui peut se retrouver par les vestiges, les souvenances.  Rien qu’à considérer ce que fut Haïti, à un moment où ce morceau d’île souffre d’un déficit d’hommes à tous égards et surtout ce qu’il poursuit et qu’il hasarde, ce quiz est on ne peut plus consolant. 

L’observateur le moins averti sans crainte d’être taxé d’élitiste, peut se faire une idée de l’Haïti d’hier et d’aujourd’hui.  En réponse au questionnement angoissant des générations montantes, tu es allé sur les rives du passé ressusciter des valeurs haïtiennes délibérément méconnues.  Comme tout nouveau né, la connaissance du milieu haïtien n’est guère parfaite pour la génération actuelle d’autant qu’elle s’est laissée prendre dans les flots agités d’une dérive de délire à un moment où les modèles ont disparu. 

Nul doute, mon cher Cousin, qu’au fil du temps et au contact des vicissitudes de l’existence, le flot des modèles se soit rétréci comme une peau de chagrin.  Dans la jungle haïtienne, les parangons de vertus et de talents sont devenus une espèce en voie de disparition.  Même la maison de notre Père Céleste n’a pas été épargnée.  Elle a été transformée en une caverne de voleurs.  Et pour notre malheur, Jésus n’est plus sur terre.  Mais avant que le crépuscule de la déroute ne vienne border dans leur lit «  d’assistés sociaux internationaux » nos angelots assoupis, avant que les ténèbres du défaitisme ne viennent assombrir davantage les venelles de nos espoirs jadis incom-mensurables, tu as jugé bon de proposer à notre réflexion ces figures de proue de la société haïtienne à laquelle on s’efforcera vainement mais toujours vainement de dénier une incontestable valeur intrinsèque et une non moins incontestable potentialité dans la dynamique de rédemption d’une Nation. 

Et malgré que l’univers politique haïtien soit actuellement sclérosé,  violemment stipendié ces figures d’antan soumises à notre sagacité peuvent aider à renouer avec les critères d’excellence propres à ceux des Nations dites civilisées, car comme le soutient Denis Diderot : En certaines circonstances, on est bien forcé de suppléer à l’ongle du lion qui manque par la force du renard.  Pour ma part, tu m’as invité à porter le deuil de cette Haïti aux multiples facettes qui à travers ses fils  cent quatre vingt deux ans durant traduisait ce que l’autre appelle »La fierté d’être Haïtien ».  Par contre, sous le charme confirmé d’une certaine « Egérie  des Hauteurs », nous gardons l’espoir que dans un avenir pas trop lointain,  poindra à l’horizon de ce ciel dévasté : Des soleils d’été dans ces hivers d’idées.  Good job, Cousin ! 

Jean L. Théagène.

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